Un processus naturel
de transformation de l’urbain

Et si le site avait une mémoire,
que nous raconterait-il ?

«Je suis né en 1879 de la volonté des hommes de faire de Dunkerque le plus grand port français sur la mer du Nord».

Il nous conterait ensuite d’incroyables histoires de marins débarquant dans d’immenses bateaux après de longs mois passés en mer. Ceux qu’il a vu revenir à «bon port» lui ont dit toutes leurs aventures : les pièges des pirates, les attaques déjouées. Il a ressenti sur sa peau le courage et la bravoure de la plupart d’entre eux, simples mousses ou capitaines de navire.

Il a compris l’esprit combatif de ceux-ci, leur désir incroyable de liberté, leur ténacité. Il a perçu combien certains se sont dépassés dans ce combat perpétuel contre les éléments. Il en a vu d’autres s’effondrer sur son quai d’avoir tant lutté pour sauvegarder leur navire et leur équipage. Il a vu des
navires irrémédiablement abîmés revenir pourtant à lui par la seule force de la volonté de ces hommes. Si le site pouvait parler, il nous dirait également la vie de ceux qui restaient à terre. Femmes et enfants, vivants dans une perpétuelle et incertaine attente de revoir apparaître à proximité des côtes le pavillon sous lequel embarquait leur père, leur amant ou leur mari. Il pourrait nous en dire long sur ces vies passées à scruter l’horizon, ce lointain au-delà inconnu et dangereux.

Si le site avait une mémoire, il n’oublierait certainement pas de nous dépeindre les eff orts immenses de tous ces dockers attendant eux aussi l’arrivée du prochain navire qu’il faudrait alors vider en un temps record. Il a ressenti dans sa chair la pénibilité d’un travail harassant. Il a pu mesurer sur son sol le poids des marchandises que contenaient ces supers navires. Si le site avait une mémoire il pourrait nous relater pendant des heures la richesse de sa vie passée. Pourtant ces souvenirs ne s’arrêtent pas là et son histoire remonte bien plus loin encore.

Bien avant ce temps là, il n’y avait que de l’eau : on parlait alors de blootland, littéralement le «pays nu». Nous (êtres humains) avons pris connaissance de ce lieu au VIIème siècle, lorsque les premiers pêcheurs s’installent dans les dunes pour protéger leurs bateaux. Ce sont ces abris naturels qui ont initié l’édification de la cité que l’on nommera par la suite Duinkerk, «l’Église dans les dunes».

CONCOURS EUROPÉEN D’ARCHITECTURE
PROJET FINALISTE (10/180)

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